21.10.2009
David Douillet : entre amnésie et clientélisme
« Depuis dimanche dernier, j’ai l’immense honneur d’avoir été élu et de siéger aujourd’hui au sein de cette Assemblée au nom de la douzième circonscription des Yvelines… » Voilà comment ça commence pour Douillet. Première question à l’Assemblée nationale, à peine élu, et il se prend les pieds dans le tapis. C’est le problème de la démocratie, le problème de la République aussi. L’oubli ou l’inculture, au mieux. L’idiotie, au pire. On n’a pas forcément à choisir, tout ça vient d’un même problème : la disparition du politique, de la politique, au profit du clientélisme.
Parce que, M’sieur le Député, non, vous ne siéger pas au nom de la douzième circonscription des Yvelines. Vous n’avez été qu’élu par elle. Le site de l’Assemblée nationale ne peut pas faire autrement que le dire, haut et fort. Et ça fait presque plaisir de le voir écrit tant on l’oublie. Je cite : Chaque député, bien qu'élu dans un cadre géographique déterminé, est le représentant de la Nation tout entière. Une conséquence directe de l’article 27 de la constitution : tout mandat impératif est nul.
Si vous parliez au nom de votre circonscription, alors les débats parlementaires ne seraient que la somme de l’intérêt de chaque circonscription. L’intérêt général et la souveraineté ne seraient qu’une addition, divisible par 577. Cette fiction ne fonctionnerait à la limite que si vous n’étiez que le porte-parole de vos électeurs, si ceux-ci se réunissaient chaque jour pour débattre de politique, s’ils vous donnaient des consignes précises, s’ils vous contrôlaient, s’ils vous surveillaient et si, surtout, ils pouvaient à loisir vous révoquer quand vous prendriez vos aises et outrepasseriez votre rôle de simple porte-parole. Alors il reviendrait à vos électeurs de faire naître l’intérêt général dans leur débat, à vos électeurs de dépasser leur ancrage territorial, de s’ouvrir aux problèmes du monde, de faire naître entre eux un point de vue à faire valoir au milieu des autres sur les bancs de l’Assemblée nationale.
Mais cette fiction n’existe pas. Les électeurs vous élisent tous les 5 ans. Une fois élu, c’est à vous de vous déssaisir de vous-mêmes, de votre ancrage, de vos électeurs, de dépasser le territoire et de tendre vers l’intérêt général. C’est votre devoir d’oublier vos électeurs.
Mais évidemment, dans 5 ans, vous aurez à nouveau besoin de ces électeurs, vous ne voulez surtout pas les oublier. Alors il faut échanger une fiction pour une autre. Celle de faire croire que vous les représenter, qu’il y a encore du mandat impératif qui travaille, que vous allez rendre des compte, que vous serrerez des mains sur les marchés et dans les cafés du commerce, que vous ne les oubliez pas pour qu’ils ne vous oublient pas dans 5 ans, vous ou n’importe lequel de votre parti qui saura jouer le jeu de la représentation territoriale. Mes électeurs, ma ville, ma région, mon département, mes problèmes…
La figure de l’intérêt général que chacune de ces situations proposent est assez particulière. Dans la fiction du vrai mandat impératif, de l’élu corseté par la volonté de ses électeurs (le principe de la Commune de Paris), l’intérêt général naît du débat citoyen lui-même, c’est la démocratie. Dans la fiction de l’élu, représentant volontairement amnésique du territoire qui l’a porté, l’intérêt général naît du débat parlementaire, c’est la République (qui n’est pas la Démocratie). Dans la réalité actuelle de l’élu clientéliste qui essaie de jouer sur les deux tableaux, l’intérêt général disparaît totalement, à la merci des faits divers, de la réponse nécessaire de l’élu à l’émotion de ses électeurs, de la réélection : on est dans un ordre métonymique où le particulier représente le général.
11:31 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, douillet, ump, démocratie


